La disparition du E

La disparition est un roman de Georges Perec (1936-1982), d’où la lettre E a été volontairement exclue… !

Un écrit privé d’une lettre spécifique est un lipogramme, du grec leipogrammatikos, de leipein (« enlever, laisser ») et gramma (« lettre »). Des écrivains se sont essayés à cet étrange exercice, se privant du E, du A, du pronom relatif QUI ou QUE etc.

Voici un extrait de La disparition :la-disparition-356761

Un champion d’aviron grimpa sur un pavois, galvanisant un instant la population. Il fut fait roi illico. On l’invita à choisir un surnom sonnant ; il aurait voulu Attila III ; on lui imposa Fantomas XVIII. Il n’aimait pas. On l’assomma à la main. On nomma Fantomas XXIII un couillon à qui l’on offrit un gibus, un grand cordon, un stick d’acajou à cabochon d’or. On l’accompagna au Palais-Royal dans un palanquin. Il n’y arriva jamais : un gai luron, criant « Mort au Tyran !  À moi, Ravaillac ! » l’ouvrit au rasoir. On l’inhuma dans un columbarium qu’un commando d’ahuris profana huit jours durant, sans trop savoir pourquoi.